Parcours découverte

Bienvenue dans le monde du cinéma documentaire !

Vous y découvrirez des points de vue d’auteurs, une grande liberté de création et des formes très diverses, loin de tout ce à quoi nos yeux de spectateurs de télévision ou de fiction sont habitués. Cela peut surprendre ou déconcerter, alors pour accompagner vos premiers pas dans cet univers et favoriser vos découvertes, l’équipe de Tënk a conçu ce parcours. Quatre films, courts ou longs, pour lesquels nous vous donnons quelques pistes de lecture, pour vous encourager à entrer dans ces nouvelles formes et vous entraîner dans le plaisir du visionnage !

Un buddy movie documentaire !

"Buddy movie" ? Littéralement : "films de potes". Des films – plutôt des fictions – dans lesquels on suit plusieurs personnages, le plus souvent masculins, qui vivent une aventure improbable, pendant laquelle leurs caractères se révèlent, leurs relations s’enrichissent, pour aboutir à une véritable amitié… En regardant "Vivant !", on a le sentiment de suivre un bon buddy movie. Ici, l’aventure partagée, c’est la préparation d’un saut en parachute : vont-ils parvenir à sauter ? Le défi est lancé et nous tient en haleine tout au long du film.

Ensemble, ils s’entraînent, passent des épreuves, rencontrent des échecs et des victoires. Les séquences d’action sont captées en cinéma direct, c’est-à-dire avec une caméra placée au cœur de la scène, qui laisse les événements se dérouler devant elle et les capte tels qu’ils se présentent. Ces séquences permettent de cerner les caractères de chacun : on retrouve là quelque chose d’un scénario bien ficelé : il y a le timide, le jeune fou, le vieux maladroit… C’est une première manière de rencontrer les personnages.

Mais le film, à y regarder de plus près, il ne s’agit pas que de scènes prises sur le vif. Plusieurs séquences réunissent tous les personnages, pour des conversations parfois très intimes. Ils sont assis le soir tous ensemble, ou bien en plein soleil, posés en rond dans l’herbe. Ce sont les moments où l’on fait connaissance avec eux d’une manière plus frontale, par la parole et le témoignage. Ils parlent de leurs vies, de leurs expériences de la maladie, de leurs amours. Ces scènes, il est fort possible que Vincent Boujon, le réalisateur, les ait provoquées, en réunissant les personnages, peut-être en leur conseillant d’aborder tel ou tel sujet… C’est aussi ça, la mise en scène documentaire !

Mais au fait, comment se fait-il que ces hommes soient réunis et qu’une caméra soit là pour les filmer ? La réponse est simple : tout est organisé ! C’est le réalisateur qui a eu l’idée du stage de saut en parachute. Parce qu’il avait l’intuition qu’il pourrait se passer là des choses bien plus fortes que dans de simples entretiens, et que, surtout, cela permettrait au spectateur de s’identifier au défi lancé, et ainsi de suivre avec passion ces personnages – et de les aimer davantage !

Tout est question de mise en scène, même en documentaire !

Le documentaire peut prendre toutes les formes qu’il veut, c’est sa grande force !

"Jour des élections" ose une mise en scène des plus minimalistes : un homme raconte, dans son salon, une histoire qui vient de lui arriver dans la rue. Il filme quelques dessins un peu grossiers qu’il trace sur une feuille. Il filme un peu sa bibliothèque. Un peu la rue, depuis sa fenêtre. On ne voit pas son visage. On ne fait qu’entendre sa voix. Mais comment peut-on faire du cinéma avec si peu de choses ?

Nous sommes ici très loin du mouvement et de la spontanéité des séquences de "Vivant !". Très loin de la captation sur le vif, qui n’est donc pas un critère du doc ! Raconter n’est pas nécessairement montrer au présent, ni frontalement, ni directement. Laisser au spectateur une part d’imagination peut permettre au contraire de rendre encore plus dramatiques les histoires (tout bon réalisateur de film d’horreur le sait bien, qui cache savamment dans le placard l’alien terrifiant). Ici, la suggestion fonctionne pleinement : la très grande économie de moyens rajoute à l’intensité du récit. Et c’est aussi un fort choix de mise en scène : pour nous raconter la peur qui s’installe sur une ville, le réalisateur fait un film qui se confine, en sécurité, loin des cris de la rue.

Et puis, il y a aussi cela : le documentaire est parfois – souvent – un art pauvre. Ici, on sent très clairement que c’est un geste effectué dans l’urgence, dans l'instant, quelque chose de très spontané qui rajoute à l’intensité du film. Le cinéaste a sorti sa caméra et avec les moyens du bord trouve sa façon de pousser un cri d’alarme – simple et puissant.

Savez-vous pourquoi les dunes chantent, comment elles se déplacent ? Connaissez-vous la logique du pliage des feuilles d’arbre dans leurs bourgeons ? Savez-vous que des chercheurs s’intéressent à ce genre de questions, et ont l’air de beaucoup s’amuser ?

L’idée d’un film provient souvent d’une inconnue. On est intrigués par quelque chose. On se dit, tiens, que peut-il bien se passer derrière cette porte ? Ici, les réalisateurs ont poussé celle d’un laboratoire de recherche. Avec en tête cette question : c’est quoi, le travail d’un chercheur ? Que se passe-t-il dans sa tête ? Comment ses idées avancent ?

Mais alors, comment faire un film sur de telles idées abstraites ? Un film est fait d’images et de sons, il est fait d’actions, de choses tangibles. Le travail du réalisateur, de documentaire plus que de tout autre genre, c’est alors de trouver la forme qui convient à son sujet.

Le premier vrai choix des réalisateurs, c’est celui du laboratoire qu’ils filment : il est en désordre, jonché de machines improbables et d’expériences en cours… l’ambiance est posée. Mais ensuite, pour entrer dans l’esprit d’un chercheur et dans sa logique "interne", il faut mettre en œuvre d’autres moyens cinématographiques que la seule observation. Et puis, aussi, il faut un peu s’amuser, comme pour entrer en empathie, car leurs recherches elles-mêmes sont amusantes. Les réalisateurs tentent des choses, comme eux, qui disent à un moment que chercher c'est "trouver en permanence mais ne jamais se satisfaire de ce que l’on trouve". Alors les cinéastes cherchent, font intervenir des séquences d’animation, des dessins, de l’accéléré, ils demandent à l’un des personnages de nous raconter des rêves, ils manipulent le montage, ils inversent ou répètent des plans... bref ils jouent ! Ils jouent avec le cinéma, c’est très drôle, et c’est une manière formidablement intelligente d’aborder la science !

Faire sentir la puissance de l’Histoire, en 10 minutes et sans commentaire ? C’est ce que parvient à faire ce film d’une manière impressionnante ! Il s’agit ici de nous raconter l’histoire du A-Bomb Dome, à Hiroshima, bâtiment emblématique de la ville, qui a résisté au souffle de la bombe américaine. Mais plutôt que de "raconter", justement, le réalisateur fait un choix fort : il préfère tenter de nous faire sentir le passage du temps, la désolation, puis la reconstruction. Et pour cela, une fois encore, son travail est de chercher les meilleurs moyens que lui offre le cinéma. Quelles images ? Quels sons ? Son choix se porte sur un film constitué uniquement de photos, images fixes qui s’enchaînent chronologiquement, selon une logique stricte, que vous découvrirez en regardant le film. Ces images sont accompagnées d’une chanson, qui laisse parfois place à certains sons très identifiés, qui "racontent". En résulte un film qui nous capte non pas par l’intellect, mais plutôt - comme une chanson peut-être - par l’expérience de l’instant, courte et intense. Et qui, mine de rien, nous documente.